by Shawn Thompson
Écrit il y a maintenant presque deux ans, ce qui est le plus dérangeant avec ce texte est qu’il s’applique mieux que jamais à l’environment social québécois depuis le conflit entre les étudiants et les sphères de pouvoir.
Voir aussi la définition médicale de la névrose: “De manière générale, la névrose est due à un conflit psychique non résolu (impossibilité de choisir entre 2 pulsions contradictoires, d’intégrer un interdit, de surpasser un traumatisme, …). En fait, c’est une étape de la maturité psychique qui n’a pas été franchie.”
ou encore, la poétique: “Les chambres intérieures de l’âme sont comme la chambre noir du photographe. On peut y séjourner longtemps, sinon cela devient la cellule du névrosé.” – Anaïs Nin.
Ah ? Vous avez dû éteindre la lumière vous aussi? Pour ne pas voir que vous frappez dans le vide à grands coups de “carrière” et “d’investissement” avec vos petits poings fermés, ridicules, s’ébrouant dans l’air, gesticulant sans but ni direction, avançant à tâtons dans le noir? Si, si, si, je le vois bien, vous êtes mort à vous-mêmes, avant de mourir à la vie. Buvez donc! Continuez! Si c’est bien cela qui vous permet de terminer la journée et d’en recommencer une autre, tout à fait semblable d’ailleurs. C’est ça, dormez bien. Surtout le jour, oui, quand vous avez les yeux ouverts. Vous offrez un si joli paysage à ceux qui auront le courage de détacher leur regard du sol et de le hisser tant bien que mal jusqu’à vos deux sphères éteintes, nichées gauchement au milieu de votre visage de matière malheureuse. Ah ! Beaucoup de soupirs de détresse qui passent dans vos yeux mi-clos de fatigue, encombrés par tous ces désirs d’immortalité échouant à la triste lisière de vos cils ! Quelle belle épave, vous faites, noble naufragé ! Quel beau cortège qu’est cette armée de pugilistes ratés ! Après tout, je vous comprends. C’est éreintant de passez tout ce temps à défendre et justifier vos petites opinions, vos infimes, microscopiques, infinitésimales avis que vous portez sur vous et le Monde, qui réussissent tout de même à englober toute l’immensité de vos incapacités, de ces barricades que vous ne cessez d’ériger entre vous et le Monde, Toujours plus haut ! Toujours plus loin ! Toujours plus creux ! Ah ! Vous devriez vous voir patauger dans la marre de votre misère ! C’est tout a fait charmant de vous épier croulant sous le poids de vos manques d’amour, de vos manques profonds comme le Vide, dédaignés par vos yeux d’abysses insondables, presque beaux tellement ils sont tragiques ! Ah ! Quelle race incroyable ! Quelle force vous avez à reculer ainsi, tête baissée, le cœur contracté, dur comme fer, croix de bois, vous voilà en Enfer ! Par ce refus dérisoire, cette obstination de croire ne pas croire. Voyez l’état lamentable de vos esprits laissés à l’abandon, mangés par les vers et de votre cœur dépecé lentement par les oiseaux noirs de votre âme, oui, cette petite chose effrayée que vous avez tout de même pris la peine de mettre en boîte. Et ce cri ? Vous n’entendez pas ? Ce chant du cri, le cri de votre chant ! Faites-le pour le cri messieurs, dames ! Pour avancer avec lui ! Dites lui merci ! À la vie aussi ! Vous, qui la caressez avec un poing fermé…
Il faut danser maintenant. Allons ! Secouez donc un peu votre carcasse errante, surtout lorsqu’elle prend ses grands airs de bonté nauséabonde, oui, votre charité pestilentielle balancé à la figure des “pauvres gens” que vous payez cher de vos impôts, de votre labeur vain, inutile, trop peu, trop en dessous de où se passe la Vie. C’est bien ce parfum de mort à la remorque de vos sourires las, maladroits, esseulés ; ils vous vont comme un gant ! Certes vous allez bon train vers les sommets promis par l’ascension sociale, encouragés comme vous l’êtes par la reconnaissance professionnelle donnée par des gens tout aussi désemparé que vous devant l’immensité qu’est d’Être ! Ah ! Cette charmante solidarité entre pairs, cette magnifique communauté d’enragés qui se bavent dessus ! Comme c’est beau ! À jamais, pour toujours ! J’admirerai vos visages renfrognés, matin comme de soir, sur les trottoirs gris que vous avez bâti ! Et à y deviner, surtout, l’amertume, se déployer dans vos petits yeux ternes et l’agacement, aussi, qu’il dessine plus bas et que vous portez si bien aux bords des lèvres ! Oui, comme un nœud qui s’observe, je regarderai la parade des gens heureux, à jamais, pour toujours ! J’applaudirai le spectacle lorsque vous vous entasserez délicatement sous le pont des chimères pour y former d’élégants amas gluants d’alluvions concentriques ! Vous, qui tracez des ellipses sur la crête de la solitude, à jamais, pour toujours…

