La phylogénie des grands singes.
Petite mise à jour sur la phylogénie des grands singes.
by Vincent Z.O.
Les plus récentes découvertes sur le postcrânien d’Ardipithecus ramidus (4.4 Ma) démontrent que celui-ci n’avait aucune adaptation morphologique propre à la locomotion des grands singes africains actuels (chimpanzés et bonobos). Ceci contredit l’hypothèse longtemps acceptée selon laquelle la bipédie était le résultat d’adaptations dues à la pratique de la suspension sous branche, la montée verticale dans les arbres et le knuckle walking. L’absence d’indices morphologiques reliés à ces types de locomotion chez A. ramidus suggère donc que le GLCA (ancêtre commun des grands singes africains et des hominines) et le CLCA (ancêtre commun des chimpanzés, bonobos et hominines) ne devaient pas être si semblables aux grands singes africains actuels. Bien au contraire, la mise à jour d’A. ramidus démontre que c’est plutôt ce dernier qui avait une morphologie primitive ressemblant à celles de GLCA et CLCA. Ainsi, ces découvertes suggèrent que les lignées Pan (chimpanzés et bonobos), Gorilla (gorilles) et Pongo (orangs-outans) auraient acquises des traits dérivés en liens avec leurs nouveaux modes de locomotion alors que les hominines seraient restés davantage généralisé jusqu’à assez récemment. Le squelette d’A. ramidus présente plusieurs preuves démontrant que l’évolution des lignées ayant menées aux grands singes actuels s’est fait de façon indépendante et en parallèle, et qu’ainsi leurs adaptations motrices ne font pas parties de notre passé évolutif.
Le postcrânien d’A. ramidus suggère que celui-ci pratiquait non seulement la bipédie, mais également la quadrupédie sur branche. Plusieurs traits morphologiques liés à ce type de locomotion arboricole se retrouvent également chez certains hominoïdes du Miocène (primates anthropoïdes de 22 à 5 Ma), tel que Proconsul, et chez les cercopithecoïdes (babouins, macaques, etc). Par exemple, la proportion des membres inférieurs similaire à celle des membres supérieurs, la morphologie des mains qui démontre une adaptation à la quadrupédie, la spécialisation des membres inférieurs pour la propulsion, etc. La présence de ces traits chez A. ramidus et chez des hominoïdes précédant la séparation des lignées Pan, Gorilla, Pongo et hominine suppose donc que les ancêtres communs des hominoïdes actuels devaient avoir une morphologie et un type de locomotion rappelant celui d’A. ramidus et qu’ainsi les lignées chimpanzé, gorille et orang-outan auraient développées des modes de locomotion indépendamment les unes des autres. Pan et Gorilla démontrent plusieurs apomorphies semblables, selon les plus récentes découvertes les deux lignées auraient donc acquises indépendamment une morphologie et un mode de locomotion similaire. Ce parallélisme serait dû à un changement alimentaire vers des ressources de la haute canopée tel que les fruits, et donc à l’exploitation d’une nouvelle niche écologique. Cette modification aurait eu lieu à deux reprises (lors des bifurcations Gorilla et Pan) et aurait entrainée des changements morphologiques similaires permettant la montée verticale dans les arbres et la suspension sous branche. Le knuckle walking serait ensuite apparu pour permettre une locomotion terrestre plus efficace dans les endroits ayant une végétation moins dense. Chez Pongo, ce serait plutôt l’allongement des membres supérieurs et inférieurs qui aurait comblé ce manque.
Jusqu’à très récemment, l’incorporation des modes de locomotion propres aux grands singes actuels dans le passé évolutif des hominines paraissait irréfutable. Les aptitudes à l’orthogradie que partagent les hominines et les grands singes africains, semblait s’être développées minimalement chez ces derniers pour éventuellement mener à la bipédie spécialisée des hominines. Pourtant, les plus récentes révélations d’A. ramidus contredisent aujourd’hui cette théorie. En effet, les modifications qu’entraine la mise à jour d’A. ramidus dans la phylogénie des grands singes démontrent que les aptitudes à l’orthogradie se serait développé en parallèle chez Pan, Gorilla et les hominines.
A scientific man ought to have no wishes, no affections, — a mere heart of stone
Charles Darwin

